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22 octobre 2015 – Rencontre avec Margaux Lhermitte, co-fondatrice de NE-ON

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Margaux et le design, une passion et un héritage

Margaux vient d’une famille de designers, tous indépendants. Elle a grandi dans une famille qui lui donne le goût du travail, mais surtout du plaisir au travail. Cette fibre artistique la mène à étudier le design en Angleterre où elle étudie 4 ans à la Kingston University. Londres est une ville passionnante, synonyme de liberté, de changements. Elle y rencontre son futur mari, Hadrien.

Margaux continue son travail exploratoire en voyageant beaucoup dans le cadre de ses études : Finlande, Russie. Aucun souhait de revenir en France surtout qu’elle entend de plus en plus, parlé de la Chine, et de Shanghai, comme une ville montante pour l’architecture et le design…

2004-2005 : la Chine, pas un hasard mais un choix et un projet qui se prépare

Margaux a 22 ans et a un objectif : exercer son activité en Chine.

Elle se lance donc dans une recherche de travail très active auprès de toutes les agences de design et d’architecture à Shanghai, sans succès.

Apres avoir accepté un CDD chez Western Design à Paris, elle décide de continuer ses recherches, et d’optimiser ses chances en se rendant directement sur place. Commence alors un voyage de repérages de 2 semaines, avec son cousin, venu l’accompagner. Hélas, même si l’enthousiasme et l’énergie y sont, les propositions qu’on lui fait ne l’intéressent pas. Le retour à Paris n’est pas vu comme un échec. Rien n’est terminé et Margaux décide de commencer des cours de chinois.

2005, une ouverture sur Shanghai

Via son réseau, Margaux entend parler de l’agence parisienne NACO, dirigée par Marcelo Joulia. Elle sait qu’ils veulent ouvrir une agence à Shanghai. Elle tente sa chance, à travers un rapide email leur expliquant sa motivation et son projet.

Elle reçoit une réponse pour un entretien. Son profil intéresse Marcelo, homme à la personnalité unique, très méditerranéenne et sanguine. Margaux apprécie le personnage et ce qu’il a réussi à faire de son agence : une petite structure, un bon esprit, beaucoup de créativité, un website décalé et une liberté qui transparait.

Marcelo croit beaucoup au potentiel de la Chine et a déjà un partenaire à Shanghai. Pour Margaux, le deal est simple : il va falloir gagner un appel d’offre, à Paris pour Pernod Ricard Londres. Son anglais va l’aider à prendre le projet à bras le corps et à devenir indispensable. L’appel d’offre est remporté par NACO, mais l’expatriation à Shanghai ne se fera pas tout de suite. Après plusieurs allers/retours sur place, Margaux reçoit la bonne nouvelle de son départ, et part pour Shanghai pratiquement du jour au lendemain.

Octobre 2005 ; création de NACO à Shanghai

Margaux part à l’aventure avec 2 stagiaires et 1 designer. Tout se fait depuis les bureaux du partenaire de Julio, Olivier Chouvet. Tout est à faire : l’aventure de la vraie start-up. Pas de vraie vision long-terme, mais beaucoup de challenges et d’excitation. Elle est séduite par la démarche.

Margaux doit tout gérer et tout apprendre : Management, Commercial, Back-office…

Mais le bureau de Paris la soutient et l’accompagne. Le travail même se fait en mode ‘essai-erreur’ avec beaucoup de ‘bricolages’. Mais les équipes sont très motivées et encourageantes, aussi bien à Shanghai qu’à Paris.

En termes de Stratégie, Margaux comprend rapidement que pour exister et pérenniser sa structure en Chine, il lui faut un client chinois. Apres 9 mois, Margaux et ses équipes décrochent un contrat avec un Retailer chinois pour développer un projet de boutiques en Chine. Ce projet est un tremplin pour l’agence, mais permet aussi de développer le capital confiance des équipes à Shanghai et à Paris. Malgré des difficultés dans l’exécution, le projet est un succès !

De 2005 à 2008 : pérenniser la structure

Pour Margaux, le plus gros des challenges est de gagner des contrats avec des petites équipes, et des équipes très jeunes. C’est un avantage car elles sont donc très motivées, mais sont aussi moins matures dans leurs réflexions et leurs propositions projets. De plus, le design est lie à la créativité, ce dont les équipes chinoises manquent beaucoup. Elles ont beaucoup de mal à sortir du cadre et ont besoin d’un management de proximité très encadrant.

En 2008, la crise financière se fait sentir auprès des Clients étrangers en Chine. Des contrats sont annulés à la dernière minute. Conséquence ? Les équipes doivent être réduites. Ce sont des décisions difficiles à prendre. Dans cette période de ‘crise’, Margaux ne reçoit pas le soutien dont elle aurait besoin. Paris raisonne de manière bien rationnelle, fort détaché de l’impact humain.

C’est une période très dure pour Margaux qui prend conscience que le bureau n’est pas une seconde famille. Ce genre de décisions laisse des traces parfois violentes.

2010, de nouvelles opportunités liées l’Exposition Universelle

Très belle exposition pour NACO, avec de vrais projets de qualité et un beau relais presse. L’agence gagne en réputation et en notoriété. Parmi les projets : le pavillon de Monaco, Cinéma Hengshan, Ultra-Violet, le Bar Rouge.

Dans le même temps, l’attrait de la Chine et de Shanghai a commencé à attirer bien plus d’acteurs qui deviennent des concurrents de l’agence. Mais le challenge est excitant pour Margaux. Elle a l’expérience chinoise, et a réussi à construire quelque chose, quand personne n’était encore là. Une belle longueur d’avance sur ses concurrents.

2012, l’essoufflement et la difficulté managériale à nouveau

Le noyau dur sur lequel Margaux avait bâti les fondations de l’agence est parti. Les ressources sont maintenant plus seniors et mieux formés. C’est une force mais transforme aussi profondément l’esprit d’entreprise. Margaux doit faire face à un personnel plus revendicateur, moins émotionnellement impliqué dans le projet de l’entreprise. D’un point de vue personnel, Margaux doit aussi gérer la naissance de son premier enfant, en se confrontant à la réticence de son Management à Paris, qui ne la soutient pas, au contraire.

Une distance s’installe donc aussi bien avec Paris qu’avec le Partenaire à Shanghai. Les équipes et projets sont finalement divisés, comme s’il existait 2 agences au sein de NACO.

Mais les opportunités à l’extérieur sont faibles. Margaux gagne bien sa vie et a beaucoup de responsabilités. Trouver aussi bien, voire mieux ailleurs n’est pas un pari gagné. Tout le monde la décourage de songer à quitter NACO.

Pour s’évader un peu, Margaux décide de s’investir dans des projets personnels en parallèle du bureau. Des projets qui lui font plaisir et qui lui permettent d’explorer de nouveaux horizons, de renouer avec la créativité et le design pur. Des projets personnels « bols d’airs » : meubles pour enfants, carnets de notes, …

2014, l’envie d’autre chose…

Margaux attend son second enfant et rentre en France pour l’accouchement. Cette fois, elle veut en profiter. Elle utilise aussi son temps pour chercher, utiliser son réseau sur place et tester son profil sur le marché. Mais là encore, les déceptions sont grandes : Margaux est ambitieuse et souhaite la liberté et la sécurité financière en même temps. Ce qui parait incompatibles pour beaucoup de ses interlocuteurs.

Elle est finalement contacte par Western Design / Lonsdale, gros Groupe qui souhaite s’implanter en Chine. Apres discussions, ils lui disent que si elle se sent prête de monter sa propre structure en Chine, ils lui apporteront le soutien financier dont elle a besoin. C’est le déclic : la confiance de Lonsdale lui donne l’envie et la confiance de se lancer.

Margaux commence donc à initier son projet entrepreneurial : business plan, négociations sur les fonds… Mais rapidement, Margaux se pose la question de la pertinence de monter sa structure avec eux. Devant la longueur des négociations, Margaux conscientise le fait qu’elle n’a pas du tout envie de rendre des comptes à des ‘banquiers’.

Dans le même temps, elle commence des conversations sérieuses avec Marcelo. Il n’est plus question de possibilité de départ mais bien la préparation de celui-ci afin d’assurer une transition en douceur. Margaux se donne trois mois. Cette transition se fait dans le respect. Paris comprend ses nouvelles aspirations et la soutient.

2015 – Lancement de NE-ON, agence ‘nomade et sans frontières’

Margaux a finalement décidé de lancer seule, en s’associant avec une ancienne collaboratrice de NACO, Ellen, qui a un profil plus commercial et Project Management qu’elle. Margaux sera donc la créative et supervisera le fond des projets.

Leur vision ? Etre un studio de conceptualisation en architecture d’intérieur et de design. Elles veulent toutes les deux, évoluer en ‘petite’ équipe pour avoir une organisation agile et souple. Comment gérer la charge projet dans ce cas ? Travailler en collaboration ; soit avec d’autres agences indépendantes soit des compétences travaillant en free-lance. C’est l’idée d’agence nomade et sans limite de territoire.

Margaux recherche maintenant le plaisir dans les projets, en garantissant une diversité et du renouvellement. Dans le même temps, Margaux recherchait une solution aux contraintes managériales qu’elle avait connues avant : recrutement, formation… Elle évite ces problèmes là dans cette structure innovante.

Par rapport au contenu, la Chine a aussi changé, et le consommateur chinois avec. L’expérience client devient mondial, et le Client devient plus connaisseur et exigent. Il faut se nourrir de la diversité des expériences pour rester créatifs.

C’est une très bonne chose, car cela signifie que l’agence peut vivre en dehors de Shanghai, et même de la Chine.

Mais le marché chinois reste très inspirant : le client chinois est avide de tout et évolue vite. Il absorbe tout ce qui se passe ailleurs, capte toutes les nouvelles tendances, est ouvert aux nouveautés. Cette capacité d’absorption hors normes laisse une grande place à la créativité.

Ses conseils ?

Profiter de Shanghai et de tous les avantages qu’offre cette ville : rencontrer du monde, échanger, discuter, ne pas avoir peur d’aller vers l’autre. Les opportunités professionnelles sont aussi beaucoup plus attractives qu’en Europe, les évolutions aussi. Pas de plafond de verre, le rôle de la femme pose beaucoup moins de difficultés qu’en France.

Le retour en France ? Pourquoi pas, mais Margaux le vivrait comme une nouvelle ‘expatriation’.

Plus d’information sur Margaux ?

http://www.margauxlhermittedesign.com

www.ne-on.asia

Interview : Hélène Cochaux

Compte-Rendu : Victoria Glanz

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