La Ruche, le réseau en action des femmes francophones de Shanghai 

18 septembre 2014 - Florence Garçon - NURUN China – agence conseil en innovation digitale

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Shanghai, le choix de l’inconnu

Florence a été « chassée » par Nurun en janvier 2011. La société est à l’époque canadienne, française aujourd’hui depuis son rachat récent par Publicis. Le cœur de métier de Nurun est le consulting stratégique digital. Trois mots qui recouvrent un vaste champ d’expertises qui va de l’analyse ethnologique des comportements consommateurs, à l’élaboration de stratégies et d’écosystèmes digitaux en passant par la réalisation des interfaces graphiques sur tous types de plateformes digitales. Présente avec 11 bureaux à travers le monde, le groupe emploie plus de 1000 personnes.

De son côté, Florence a une compétence métier reconnue. Elle a précédemment travaillé pour de nombreuses agences conseil en marketing ; et notamment dans le CRM & Digital. Entre outre, dès 2003, elle occupe un poste de Directeur Général. Elle est ouverte à un changement d’air et à une expérience professionnelle à l’étranger.

Les ressources humaines de Nurun ont deux postes à pourvoir, l’un se trouve en Chine et l’autre Canada. Un choix est à faire. Son CV ne sera transmis qu’à l’un des deux patrons pour ne pas décevoir l’autre. C’est son choix. Et à l’issue d’un premier entretien avec les RH, Florence choisit la Chine. Elle n’en connaît rien, sinon les préjugés les plus communs. Mais quitte à chercher l’aventure et partir loin, autant choisir le plus dépaysant.

Elle part en reconnaissance pour 10 jours au cours de l’hiver 2011. Elle rencontre patron, équipes, clients. Il fait froid. On lui rend le challenge séduisant. En mars, elle s’installe à Shanghai. En moins de trois mois, elle saute vers l’inconnu.

Premières impressions : sourde, muette, aveugle.

Nurun China vit en 2011 ce qu’en entreprise on appelle une fin de cycle. La seconde ligne de management, essentiellement constituée d’expats est sur le départ. Le marché du travail est très actif. Le digital est une discipline jeune. Les professionnels du métier le sont tout autant. Ils sont qualifiés, rares et très convoités. L’attachement à une société se fait, qui plus est en Chine, le plus souvent au travers d’un relationnel fort avec le « laoban ». Le turn over est important sur le marché en 2011. Elle doit au plus vite rassurer et répondre à ce grand besoin de management.

Vaste défi dont elle prend toute de suite la mesure. Comment manager une société alors qu’on est sourd, aveugle et muet ? Alors que l’on ne maîtrise rien ou si peu ?

De façon anecdotique, elle se souvient d’une commerciale lui présentant un site Pernod Ricard de couleur bordeaux. Quel est son concept ? A qui s’adresse-t-il ? Quels en sont ses objectifs ? De quoi est constitué son contenu ? Rien ne permet de le deviner quand on ne lit pas un mot de chinois. Il est bordeaux, c’est la seule certitude !

Alors comment faire quand on a des équipes à rassurer, des clients à conforter et que l’on est coupé des sens qui nous ont toujours permis d’appréhender, de comprendre, de réfléchir une situation. Pour Florence cela a été un choc et un apprentissage. Sa solution, c’est l’humilité. Prendre pied en étant humble, en prenant le temps d’observer, en cherchant à comprendre et partant du principe que tout, ou presque, doit être découvert.

Trois années d’apprentissages

Comment s’entourer ?

Florence a été soutenue par le groupe au cours de ces années. Très vite, seule à la manœuvre, elle est une rejointe en Chine par, notamment, une directrice financière canadienne. Le bateau Nurun Chine compte aujourd’hui une centaine de personnes chinoises et quelques rares expatriés postés à des postes clés.

Pour Florence, il n’y a pas de recettes miracles pour le bon « mix » de personnel local/international. Chaque mix est une réponse à la culture d’entreprise, à la confiance du siège en ses équipes locales, au niveau de qualification et de professionnalisation du métier sur le marché, de la stratégie de développement de l’entreprise, du secteur.

Florence a rencontré de très bonnes sociétés de design consultancy chinoises qui employaient une large majorité d’expatriés et en faisaient leur étendard. Il n’y a pas de règles. Selon elle, dans le secteur qui l’occupe, la nécessité de la présence des expatriés diminue sans cesse. Les clients sont parfois enclins à préférer l’esthétisme ou le savoir-faire d’un directeur créatif étranger. La direction financière est souvent aux mains d’un expatrié mais davantage pour réassurer les propriétaires du groupe… Mais les équipes commerciales doivent être chinoises. Et il en va de même pour les départements de conseil stratégiques, d’analyses de comportements, de réalisation etc.… 

En tout état de causes et quel que soit le mix adopté, il convient que chaque expatrié soit reconnu pour son apport et sa valeur par les équipes chinoises. La clé du succès passe par le développement d’un respect mutuel.

Quel style de management appliquer ?

Au cours de ces trois années, Florence a construit une équipe stable et fidèle. Elle n’a pas oublié ce conseil précieux qui lui a été donné à son arrivée : pour les chinois, l’entreprise n’est pas uniquement un lieu de travail. C’est un lieu de socialisation. C’est une seconde famille. Il doit se créer un lien affectif entre l’entreprise et l’employé. Du respect. Du soutien.  Ne pas oublier qu’ils sont généralement enfant unique et que, très jeunes dans la majorité des cas, ils démarrent leur vie d’adulte. L’entreprise est aussi pour eux un lieu de stabilisation de leur vie personnelle.

Résultat ? Au contact de la Chine, Florence constate qu’elle a évolué dans son style de management. En se positionnant avec humilité comme quelqu’un ayant à apprendre de la Chine et des chinois, Florence a l’impression de s’être assouplie. Ce devoir d’écoute lui a appris à aimer le pays et les gens. Elle a, au fil des mois, développé un management plus proche des équipes. Et pas uniquement grâce à la multitude de karaokés, de bowlings, cessions yoga et autres activités de team building développées au sein de l’agence. On parle ici d’affiner sa capacité d’écoute et d’observation. De percevoir ce qui ne se dit pas ou ne se voit pas. Au cours des plus de 300 interviews d’embauches tenues et des dizaines de réunions clients et d’équipes, Florence a été à l’écoute du non-dit.

Et l’apprentissage métier dans tout cela ?

L’univers digital en Chine est très différent que dans le reste du monde. Il est plus fragmenté, plus complexe. On constate des usages et des comportements locaux. C’est un marché extrêmement dynamique. Les nouveaux concepts touchent à tout : medias sociaux, commerce mobile, commerce social… La Chine est une terre d’innovation dynamique dans le domaine. Pour preuve, c’est le pays qui dépose plus de brevets chaque année.

Cette frénésie créatrice est également soutenue par un « time to market » beaucoup plus court qu’ailleurs. En schématisant grossièrement, on dira que, quand ailleurs on pense stratégie à deux ans, en Chine on exécute une tactique à deux mois. Ce qui est perdu en réflexion est compensé en stimulation et apprentissage terrain. Une autre façon de faire.

Retour sur Paris, le choix de la raison

Dès Octobre 2014, Florence assumera pour l’agence Nurun Paris la fonction de Directeur Général Adjointe. Ce retour en terre française a été souhaité. Florence a 44 ans. Pour elle, il faut anticiper et regarder la réalité du marcher du travail français telle qu’elle est. Prolonger encore son mandat chinois, c’est risqué de ne plus trouver ensuite un poste managérial en France. Ce n’est pas évident pour les hommes aux alentours de 50 ans. Cela l’est encore moins pour les femmes.

Et puis, après plus de trois ans et demi au rythme de Shanghai, il ne faut pas nier l’envie de profiter d’une maison à la campagne, de la nature, de l’absence de pollution, du désir cuisiner de bons produits sains, de retrouve les amis et la famille… bref, de retrouver les plaisirs d’une vie française.

Alors quand un poste se libère à Paris et que cela correspond à un moment où le bureau de Shanghai peut être repris par une expatriée en place, le choix s’impose facilement.

La mission à Paris est passionnante. Florence se remet avec plaisir dans les réflexions stratégiques produits.  L’équipe est, qui plus es, compétente et accueillante. Que demandez de plus ? Peut-être que l’on s’intéresse davantage à son expérience chinoise.
A ce que la Chine peut apprendre à la France. Un peu plus d’ouverture vers l’est.

Florence sait qu’elle ramène de Chine dans ses bagages personnels plus d’écoute dans son management et du dynamisme à revendre. Elle se sent de toutes les façons libres de ses mouvements.

Et La Ruche dans tout cela ?

L’expatriation peut faire fantasmer les personnes qui n’en font pas l’expérience. Dans la pratique, c’est une tranche de vie pas aussi simple qu’il n’y parait. Professionnellement, c’est le moment de tous les challenges. Que ce soit dans le cadre d’une société, en tant qu’entrepreneur ou lorsque l’expatriation sert à un repositionnement vers un nouveau type de carrière.

Le networking est généralement masculin. La compétition entre sociétés internationales basées en chine est réelle. Alors si les femmes ne s’y mettent pas entre elles pour créer des liens de collaboration et d’entraides, qui le fera pour elles ? L’implication de Florence dans la création et le développement de La Ruche prennent tout son sens dans ce contexte. D’ailleurs, qui dit que La Ruche Paris ne verra pas bientôt le jour ?

 

Interview : Sandra

Prise de note et rédaction : Hélène

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