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20 novembre 2014 – Elodie Abbé – Fondatrice d’Elodie Abbe Consulting

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On peut dire qu’Elodie Abbé fait partie des pionnières. A 22 ans, diplôme de commerce international et cursus américain en poche, Elodie a envie de voir le monde et de débuter sa carrière hors de l’hexagone. En octobre 1996, elle pose le pied pour la première fois en Chine. 18 ans plus tard, nous vous proposons de découvrir comment elle a su développer, en Chine, son esprit entrepreneurial en s’appuyant sur son expérience au sein d’un grand groupe.

Inspirée par une sœur voyageuse installée à Hong Kong, Elodie vit sa première immersion en Chine à Dalian en 99, dans le cadre d’un programme linguistique de 9 mois. La magie opère. Elodie ne veut pas rentrer. Elle veut travailler en Chine. En particulier à Shanghai, sa ville coup de cœur. « Je ne débuterai pas ma carrière France ! », raconte-elle avec encore beaucoup de passion. « Je rêvais, à ce moment là, d’intégrer le Groupe Danone et de surfer sur la vague du marché des produits laitiers en Chine », se souvient-elle. L’agroalimentaire et ses problématiques l’attirent. Alors dans l’obligation d’effectuer un stand-by en France pour son visa, Elodie ne reste pas les bras croisés. Elle dresse la liste des sociétés françaises implantées à Shanghai et se lance, à grand coup de fax et de relances téléphoniques, dans la recherche du job de ses rêves.

« Si vous êtes sur Shanghai, passez me voir ! » 

Sa démarche va s’avérer payante. La première réponse positive tombe. Loïc Dubois, responsable du développement de Carrefour à Shanghai et sa région, lui propose de passer le voir si elle est de passage à Shanghai. Ni une ni deux, Elodie attrape sa valise et s’envole de nouveau pour la Chine. Lors de l’entretien, on lui propose la gestion du rayon textile du 2ème magasin Carrefour de Shanghai qui doit ouvrir 3 semaines plus tard, le 4ème de Chine à l’époque. L’offre est une aubaine mais Elodie n’en démord pas. Elle veut vraiment s’orienter vers l’agroalimentaire, véritable défi du moment. Sa détermination débouchera sur un compromis: ce sera le rayon épicerie sèche !

A 23 ans, Elodie démarre ainsi sa première vie en Chine. Une carrière éclair, à l’image du dynamisme de l’enseigne à l’international. 

Dès les premiers mois, Elodie jonglera entre la gestion de son rayon et la participation active (et physique !) à certaines ouvertures de nouvelles enseignes Carrefour qui se multiplient dans la région. Et très vite, elle remarque un réel besoin de formation pour faire face à la croissance rapide du Groupe. Ses constatations sont entendues et seulement 6 mois après son arrivée, son chef lui propose de créer son propre poste de responsable du recrutement et de la formation pour Shanghai et sa région. De 97 à 99, elle participera au recrutement et à la formation de près de 3,000 employés et mettra en place la première formation service client en Chine. En 99, les choses s’accélèrent. L’arrivée d’un nouveau directeur Chine, Jean-Luc Chereau, assez attaché au volet social, va propulser sa carrière, toujours plus haut, toujours plus fort…

A 25 ans, Elodie est élevée au rang de Directrice de la Formation Chine afin de pouvoir accompagner les besoins croissants du Groupe en matière de ressources humaines.

Effectivement, à partir de 99, Carrefour va ouvrir 10 magasins par an. Jusqu’alors en contrat local, Jean-Luc Chereau lui offre, outre son nouveau titre de Directrice, le statut d’« expatriée», le Graal de l’époque. Elle est ainsi missionnée pour un projet de grande envergure : l’élaboration d’un système de formation à l’échelle nationale. « A l’époque l’on demandait aux directeurs de magasins d’être très polyvalents : maitriser les produits, disposer de bonnes notions marketing et financières pour établir les prix et optimiser les marges… Leur formation devaient être intensive et exhaustive pour leur permettre d’appréhender rapidement toutes les facettes du métier », explique-t-elle. Pour répondre à ces attentes, Elodie bûche pendant sur un programme d’un an permettant d’identifier, de fidéliser et de former les directeurs de magasin à fort potentiel. Ce programme, intitulé «Carrefour Mandarin», jouera un rôle majeur dans le développement et la réussite de Carrefour en Chine. Le nombre d’enseignes Carrefour passe de 14 à 90 en peu de temps. Plus d’une centaine de directeurs bénéficieront de ce programme sous sa supervision. En parallèle, Elodie élaborera le Carrefour China Institute, le premier centre de formation de Carrefour en Asie.

A 30 ans, Elodie bénéficie du statut d’expatriée et de tous ses avantages.

Mais… Paradoxalement, c’est ce contrat d’expatriation qui la poussera à quitter le Groupe. «Cela faisait 8 ans que je travaillais pour Carrefour en Chine, il fallait que je parte avant que l’on ne m’envoie en Inde, en Russie ou en Indonésie pour reproduire le travail réalisé ici ». Car en couple depuis 2 ans à ce moment là, Elodie a la ferme attention de rester en Chine et de se consacrer un peu plus à sa vie personnelle. « Je voulais un enfant et donc les deux mois de vacances, juillet et août, qui vont avec! », plaisante-t-elle. « Je ressentais donc le besoin d’un mode de vie plus flexible, plus équilibrée sur le plan personnel. A cela de conclure : « Et il m’était impensable de partir à la concurrence. Non plus de changer de secteur ». Une seule solution envisageable alors pour Elodie: se mettre à son compte… « J’ai pris mon bâton de pèlerin et je me suis lancée…»

A 32 ans, Elodie prépare sa seconde vie en Chine, son aventure entrepreneuriale.

Après deux années de réflexion et une année pour elle (et l’arrivée de son petit garçon), Elodie se lance courant 2007 dans la création de son agence de conseil en formation. « Un domaine que je maitrise », ajoute-t-elle, « à savoir, monter des systèmes de formations pour de grands groupes ». Pourtant les débuts ne sont pas simples. Démarches administratives liées à la création d’entreprise en Chine, enfant en bas âge et plus ces « petits avantages d’expat » qui facilitaient tellement la vie et qui ne sont plus là. « Au début je ne savais pas trop par quel bout attaquer», confie-t-elle. Mais sa force et sa détermination ont rapidement repris le dessus. « Réussir ou réussir ». Embauche d’une stagiaire, arrivée d’une assistante, choix d’un local, obtention de la licence puis ouverture du compte en banque. Les nœuds se sont démêlés petit à petit. Après l’administratif, se pose la problématique de tout consultant indépendant : la prospection commerciale. Ne pensant au départ cibler que les entreprises chinoises, Elodie s’est bien vite rendue compte qu’il fallait dans un premier temps ne pas trop restreindre le spectre de recherche et l’élargir aux groupes internationaux. Elle profite des vœux de fin d’année pour communiquer sur son évolution de parcours et sa nouvelle activité. L’opération paye : début janvier, elle décroche son premier contrat pour une période de 6 mois. « La chance du débutant » ! Pourtant, elle connaîtra durant les 12 mois qui suivront une activité quasiment à l’arrêt.

S’adapter pour pallier les difficultés 

Pour sortir du tunnel, Elodie n’hésite pas à revoir sa stratégie et challenger ses compétences. Elle est en effet approchée par une petite PME (une trentaine de personnes réparties sur tout le territoire) pour développer leur système de formation interne. « Je doutais que ma créativité puisse être adaptée à de toutes petites structures », avoue-t-elle. Malgré ces appréhensions, la mission s’est déroulée avec succès. Elle change son fusil d’épaule pour se tourner vers les entreprises de plus petites tailles. Mais en 2010, alors qu’elle s’apprête à actualiser sa communication, Elodie est approchée par un groupe de distribution philippin pour lequel elle travaillera un an. Puis en 2011 par son premier client 100% chinois, un grand groupe qui compte aujourd’hui 1400 magasins sur le territoire chinois, à la recherche d’une personne expérimentée sur la formation à grande échelle en Chine dans le cadre d’un programme de développement soutenu de l’enseigne sur le territoire (400 à 500 magasins/an). Puis vinrent d’autres clients…Le vent tourne !

« Une véritable love story »

Travailler avec de grandes structures chinoises est tout nouveau. Le CEO de ce groupe veut ouvrir l’esprit de ses équipes au management à l’occidental. Elle a l’impression d’être dans un autre monde, de ressentir, après presque 15 années passées en Chine, son vrai premier choc culturel. Les 6 premiers mois n’ont pas été évidents mais aujourd’hui Elodie se sent totalement intégrée et appréciée. Elle est en pleine « love story ». « Les chinois aiment la formation », explique-t-elle. « C’est un vrai boulevard, j’ai une autonomie complète et des moyens énormes ». Avec eux, « Elodie Laoshi » s’exprime en anglais, sa langue de confort, mais s’accompagne d’une traductrice pour assurer une parfaite communication. Les documents supports et présentations sont néanmoins en chinois. « Les chinois ne sont pas process-oriented. Ils ont du mal à résoudre une problématique jamais abordée auparavant. Ils ne savent pas par quel bout prendre les choses » raconte-t-elle, mais ajoute qu’une fois qu’ils savent, qu’ils ont vu comment procéder, ils le dupliquent. « Il ne faut pas imposer, mais donner envie. Car dans le retail, le process est indispensable ».

Les conseils d’Elodie pour réussir son aventure entrepreneuriale 

« Partager » son expérience, « parler de votre projet, car quand je me suis lancée j’ai vécu de grand moment de solitude ». Se confier à des « oreilles amies qui peuvent entendre les difficultés ». Il appartient à tout un chacun de faire attention à ses propos car l’univers des occidentaux à Shanghai est un microcosme.

S’avoir s’entourer de partenaires clés de confiance, comme Anne Séverin, responsable du bureau de Shanghai pour DS Avocats, (http://www.dsavocats.com/index.php4) qui l’avait soutenue et accompagnée en 2007 dans le montage de sa WFOE.

Activer sa capacité d’adaptation et d’organisation. L’entrepreneuriat requiert d’être capable de faire plusieurs métiers en un. Elodie a fait le choix de se lancer dans un domaine qu’elle maitrise. Une fois plus aguerrie dans le domaine entrepreneurial, rien n’empêche de se lancer dans un nouveau projet plus audacieux… Et justement, Elodie ressent aujourd’hui l’envie de se lancer dans une nouvelle aventure. « J’ai vécu, j’ai survécu, je suis très bien maintenant, aguerrie, je connais les difficultés. ». Elle a envie d’entreprendre autre chose en parallèle, sortir de sa « zone de confort ». « Réussir dans un domaine que je maitrise me donne aujourd’hui envie de me lancer dans un domaine qui m’est moins familier» annonce-t-elle. Elodie semble repartie pour un troisième cycle professionnel et il apparaîtrait que ce soit dans un domaine plus artistique cette fois-ci.

Affaire à suivre…

Plus d’information sur Elodie et sa société de conseil en formation interne ?

Surfez sur http://www.elodieabbeconsulting.com

 

Interview : Sandra Edouard Baraud

Compte-Rendu : Marie Boureau

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