La Ruche, le réseau en action des femmes francophones de Shanghai 

18 novembre 2015 – Catherine Chauvinc – Group Vice-President chez Aden Services

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La Chine et l’entreprenariat, une histoire de toujours.

Catherine Chauvinc découvre la Chine très tôt, par le biais de ses parents, tous deux entrepreneurs. L’entreprise familiale s’approvisionne en Chine dès l’ouverture du pays, dans les années 80. Ils y voyagent pour affaires régulièrement. A leurs retours, ils racontent cet autre monde ; montrent de nombreuses photos ; rapportent des objets… Chaque année, ils reçoivent également la visite d’une délégation chinoise.

Son premier voyage en Chine se fait en 1987 à l’occasion d’une foire commerciale à Canton. Elle a 20 ans et accompagne son père dans un de ses périples annuels. Epoustouflée par la baie de Hong Kong, par l’ambiance de la Chine du Sud, elle découvre un nouveau monde qui la fascine complètement.

Ses études à l’ISC Paris l’orientent aussi vers l’international. Elle s’investit dans la Confédération Nationale des Juniors Entreprises. Les Etats-Unis, le Japon, Hong Kong… Elle a pour mission de créer le projet Mission-Export Japon et notamment de trouver des entreprises partenaires et d’assurer l’accueil logistique des étudiants.

A 22 ans, son diplôme en poche, elle entame sa carrière professionnelle dans l’entreprise familiale. Auprès de son père, son premier mentor, elle apprend les clés du métier et est confrontée aux difficiles négociations avec les centrales d’achats de la grande distribution.

Avec l’éclatement de la guerre du Golf, l’entreprise familiale dépose le bilan. Catherine vit la procédure de redressement judiciaire qui dure six mois et mène, malheureusement, à une liquidation de l’entreprise familiale.

1992-1996. Administrateur judiciaire ou grande voyageuse ? Une période riche en enseignements

L’administrateur judiciaire, Maître Pozzoli, a apprécié sa collaboration durant toute la procédure de redressement judiciaire de l’entreprise familiale. Il lui propose de venir rejoindre son étude à St Etienne.

Catherine prend le temps de la réflexion et part faire un voyage dans le Sahara. A son retour, elle accepte la proposition. Durant 5 ans, Catherine participe à la restructuration judiciaire de près de 800 entreprises.

Son patron et second mentor, Maître Pozzoli, souhaite prendre sa retraite. Il lui propose de lui céder son étude. Dans cette optique, elle doit reprendre des études et accomplir un stage de 3 ans avant de passer l’examen pour devenir administrateur judiciaire. La formation est lourde et l’examen réputé difficile. Néanmoins, elle s’inscrit à Paris Dauphine et à la Caisse de Dépôts et Consignations et entame le cursus obligatoire.

Le métier est cependant éprouvant. Souhaite-t-elle réellement être confrontée à la détresse des salariés, au désespoir des entrepreneurs durant le reste de sa vie professionnelle ? Catherine ressent le besoin d’un moment de réflexion et aspire par ailleurs à vivre une expérience internationale.

Depuis toujours, elle a un intérêt particulier pour la Chine. Dès le début de son ouverture au début des années 90, elle est attirée par son actualité. Elle négocie alors une mise en disponibilité de 6 mois pour pouvoir se rendre sur place.

Elle y commence l’apprentissage du chinois à l’université des langues étrangères de Pékin, où elle passe deux mois. Ce temps est riche en rencontres, notamment à l’université des Beaux-arts de Pékin ou elle côtoie des artistes chinois et étrangers qui, depuis, sont devenus des amis de longues dates. Cet intermède chinois se termine par un voyage au Vietnam et en Thaïlande.

A son retour en France et suite à cette expérience riche, Catherine renonce à reprendre l’Etude. Elle partira en Chine. Un départ qu’elle diffère d’une année afin de faciliter la transition au sein de l’Etude.

1997-1999. Le départ et les premières expériences professionnelles en Chine

En février 97, à 30 ans et sans autre filet que ses économies, elle part enfin pour Pékin étudier le chinois. Catherine sent que ce pays se développe à vitesse grand V.

« C’était une période géniale. Nous étions une toute petite communauté d’étudiants, tous de nationalités différentes. Nous enchaînions petits boulots et 10 heures de mandarin par jour. Il y avait une très forte interaction avec les chinois avec qui nous avons passés beaucoup de moments intimes et drôles ».

Très vite, Catherine prépare également la suite de sa vie professionnelle. Elle prend des contacts à la chambre de commerce, fait des rencontres, envoie son CV. Son but est de préparer son retour vers le monde de l’entreprise et de, malgré sa position d’étudiante, rester connectée aux milieux économiques.

En 1998, diplômée de l’Université of International Business and Economics, Catherine prend un poste RH/finance à la Compagnie Générale des Eaux, futur Vivendi. L’époque est passionnante. L’entreprise, sous la houlette de Jean-Marie Messier est en pleine transformation. Catherine s’avère être la seule employée étrangère trilingue en Chine à pouvoir correctement faire l’interface entre les équipes chinoises et le siège. Dès lors, sa mission évolue et elle prend en charge la communication. Ce poste offre une grande visibilité. Elle est le point de contact du département Communication du siège à Paris comptant plus de 200 personnes. Elle est notamment en charge des relations avec le CCPIT (China Council for the Promotion of International Trade), une opportunité qui lui permet de développer son réseau professionnel chinois.

Des réalisations qui l’ont particulièrement marquée ?

  • En marge de sommets politiques, la réalisation du premier sommet ‘EU/CHINA Business Dialogue’.
  • Suite aux inondations dans le Hubei, la donation d’une unité de traitement d’eaux mobile en association avec Airbus et en présence du Premier Ministre d’alors, Lionel Jospin.

Mais un an et demi après son arrivée, elle ressent une certaine lassitude liée au manque de clarté de son statut. Elle rencontre le Groupe Andros… Une nouvelle aventure débute.

1999 -2002. L’aventure Andros

Catherine a 32 ans quand elle rejoint Andros. Sa mission ? Monter la première unité industrielle Andros en Chine et lancer les produits made in China dans le pays.

La première année est consacrée à la construction et au lancement de l’usine. Tout est à créer : importer les machines, développer le marketing, sélectionner les canaux de distributions…

Ils sont 60 personnes sur le projet. Quatre-vingts si on compte l’équipe de Sinodis avec qui ils collaborent pour définir la politique de distribution des produits (sélection des canaux de ventes).

Au niveau Marketing, il faut créer une nouvelle catégorie. Les chinois ne sont pas particulièrement familiers des compotes ! Un grand travail d’éducation est à effectuer.

Quatre villes sont sélectionnées pour le lancement : deux principales et deux secondaires, chacune dans la périphérie des premières ; au nord et au sud de la Chine afin d’appréhender au mieux les différences d’appréciation du goût. Le lancement est un succès.

Rétrospectivement, Catherine considère que son plus gros challenge à l’époque a été de gérer les relations avec le partenaire chinois au sein de la joint-venture. Des visions, des intérêts parfois différents, une autre façon de travailler… Toutes des différences qui n’ont pas toujours été simple à appréhender.

Elle a pu, par contre, bénéficier pendant ces 2 ans d’un soutien sans faille des équipes support en France et d’une implication concrète et directe avec la direction du Groupe. Les fondateurs en personne se sont déplacés pour soutenir ce lancement. A ces yeux, cette implication a été un élément largement contributeur au succès rencontré.

Si le succès de ce lancement est une fierté, la phase de développement doit cependant durer cinq ans. Un véritable marathon à courir à la vitesse d’un sprint. Elle n’a pas le souhait de relever le défi sur cette longueur.

D’autre part, sur le plan personnel, elle a rencontré Youcef, son futur mari. Elle souhaite changer de rythme. Et ce d’autant plus, qu’elle attend un enfant.

Catherine accepte finalement pour le groupe une mission à Tokyo de 8 mois. L’objectif est double : identifier quel produit « made in Japan » la société peut lancer sur le marché japonais, d’une part et recruter son remplaçant, d’autre part.

L’étude de faisabilité et moult tests produit apporte un constat mitigé : le ticket d’entrée est cher pour être référencé au Japon. Il faut que la rotation produit soit au rendez-vous pour assumer les frais de création d’une catégorie.

Son successeur au Japon en place, Catherine accouche et prend 6 mois de disponibilité. Alors qu’elle doit reprendre le travail, le SRAS éclate en Asie. Les informations sont confuses et contradictoires. Le couple décide de ne pas prendre de risque. Catherine renouvelle de 6 mois sa mise en disponibilité et rentre en France avec son bébé le temps que les choses se calment.

2003 – 2005. Une vie de famille à Shanghai

De 2002 à 2005, Catherine change de vie. Elle devient mère deux fois, et déménage à Shanghai où son mari est muté.

C’est une nouvelle vie, après 7 années passées à Pékin la chinoise. Catherine n’est pas particulièrement séduite par la ville: « Je trouve Shanghai très superficielle, une ville strass et paillettes ! ».

Elle passe d’une vie professionnelle soutenue à la vie de femme au foyer avec deux enfants en bas âges. L’intégration n’est pas simple. Après son premier enfant, la recherche d’un emploi sur Shanghai est laborieuse. Elle ne s’attend pas à tant de difficultés et se confronte au questionnement de ses potentiels employeurs sur ses nouvelles priorités, personnelles ou professionnelles. La confiance en elle s’effrite. Elle constate que beaucoup de femmes, extrêmement qualifiées, vive une situation similaire.

En 2005, quand son second enfant a 6 mois, Catherine se remet à la recherche d’un travail et change de stratégie. Elle décide ne plus se limiter à un poste de direction et considère que tout est bon à prendre, quelque soit le secteur. Ce qu’elle met en avant ? Sa pratique de la Chine, sa formation généraliste et sa capacité à gérer des projets complexes.

Au cours des soirées de networking ou à chaque opportunité qui se présente à elle, Catherine est directe. Pour trouver un travail, il faut annoncer très clairement qu’on en cherche un. Dès lors, à chaque salutation elle répond cash : « Bonjour, je vais bien et je recherche du travail ! ». L’information est à transmettre le plus vite possible à un maximum de monde.

Et cela marche… Via une maman de l’école, Catherine apprend que le groupe Aden Services est à la recherche de quelqu’un de son profil pour prendre la direction des Ressources Humaines.

2006 – 2016. Aden Services

Créé en 1997 au Vietnam, le Groupe ADEN Services est une société spécialisée dans les services généraux aux entreprises (restauration collective, nettoyage et sécurité,…). Le siège du groupe est à Shanghai.
L’entreprise, à l’époque, a encore une structure essentiellement familiale. Malgré les 2000 collaborateurs, la structure décisionnelle est pyramidale et passe essentiellement par le fondateur. Elle lui propose une évolution des structures de fonctionnement du groupe pour permettre à celui-ci un meilleur développement notamment en Afrique.

C’est ainsi que très vite, de responsable de Ressources Humaines, Catherine prend en 2007 la direction d’Aden Chine. Sous sa direction, le groupe passe de 2000 à 10000 personnes en 2011. Il compte aujourd’hui 23 000 collaborateurs dans le monde.

Bien évidemment, ce n’est pas un long fleuve tranquille. L’entreprise traverse dans son développement des hauts et des bas. Catherine se souvient par exemple avec émotion d’une grève de plus de deux mois fin 2009 dont le dénouement a été extrêmement tendu.

Ce poste de CEO Chine permet peu d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Elle n’a plus de disponibilité pour sa famille, ni en temps, ni dans l’esprit.

Une situation qu’elle n’est pas prête à accepter. Elle demande et obtient un réaménagement de poste pour être plus disponible auprès des siens. Une fois son successeur trouvé, elle souhaite prendre une responsabilité fonctionnelle. Pour l’heure, elle modifie sa communication avec les équipes et privilégie ses n-1. Elle établit clairement les limites (mode de communication ; horaires ;…) et constate que finalement la plupart des problèmes sont résolus par ceux qui en ont la responsabilité. La contrainte a poussé chacun à aller à l’essentiel.

Depuis janvier 2012, Catherine est Vice-présidente du groupe et Chief HR Officer. Les perspectives pour Aden sont enthousiasmantes. Quand l’économie est à la traine, les entreprises cherchent à améliorer leurs profitabilités et ce sont précisément les services proposés par Aden qui sont externalisés.

La création d’écoles Franco-chinoises à Shanghai.

Mais revenons à 2006… Au-delà de sa vie professionnelle, Catherine contribue également à l’enrichissement de la communauté dans laquelle elle vit. Les francophones de Shanghai ne disposent pas d’école pour leurs enfants dans l’ancienne concession française. Le Lycée français est excentré et n’offre, à l’époque, aucun curriculum franco-chinois.

Confrontée à la problématique de la scolarisation de ses enfants, elle décide avec une autre maman, Hélène de Lataillade, de remédier à ce problème et de créer une école franco-chinoise. Ce sera Le Petit Lotus Bleu, en coopération avec l’école chinoise Sunrise pour la maternelle puis avec l’école chinoise Aiju pour le primaire. Viendra ensuite la création d’une deuxième école, Le Phoenix, en partenariat avec l’école chinoise Fonshin pour la maternelle et un tutorat en primaire.

Qu’est-ce qui a contribué au succès de ces créations ? Un objectif clair et beaucoup de détermination. La Chine d’alors était, encore davantage qu’aujourd’hui, un pays qui se construit et qui a besoin de solutions. Les zones grises permettent d’être créatifs et intellectuellement agile.

Ni Catherine, ni Hélène ne connaissait quoi que ce soit au fonctionnement d’une école. Elles n’avaient aucune idée des difficultés qui les attendaient.

Mais comme toute création, chaque problème est à prendre un à un. Pour chacun d’eux, il correspond une solution. Dès lors que l’on n’a pas peur de la charge de travail, tout est possible en Chine!

Après, une école se gère de façon similaire à une entreprise. Il y a un projet, des clients, des fournisseurs, du marketing, des comptes à rendre en fin d’année etc… A une grosse différence près cependant ! Les utilisateurs finaux sont des enfants et il faut donc être très attentif aux décisions prises. Une partie des acteurs fonctionnent à l’émotionnel et à l’affectif. Et parfois… Qui de plus irrationnel qu’un parent !

Catherine, une femme engagée

En 2009, Catherine rejoint les CCEF (Conseillers du Commerce Extérieur de France). Depuis 2014, elle a choisi de s’investir dans le bureau. Elle a créé, et anime depuis, un groupe de travail sur la thématique de l’attractivité de la France. Son investissement au bureau est notamment lié à un déclic personnel après la lecture du livre de Sherill Sandberg « Lean In: Women, Work, and the Will to Lead”.

Sherill Sandberg invite les femmes à volontairement se mettre en avant. Elles ne doivent pas attendre d’être appelées ou sollicitées. Les femmes se brident trop souvent. Elles ne doivent pas avoir peur de sortir du rang dès lors qu’elles sont légitimes pour faire bouger les choses.

Catherine a également participé au programme EVE Asia qui promeut le leadership au féminin. A cette occasion, elle a découvert les principes de la psychologie positive.

De quoi s’agit-il ? Essentiellement d’une attitude qui consiste à pointer ce qui va bien. Partir du positif de chaque problématique. Reconnaître ce qui porte dans chaque situation. Un changement d’optique qui est un moteur puissant!

Quels conseils Catherine donne-t-elle aux femmes qui souhaitent entreprendre en Chine ?

  • Oser agir dans un pays où le champ des possibles est vaste et où l’échec est autorisé.
  • Sortir de son milieu et de sa communauté. Faire l’effort de nouvelles rencontres. Oser se renouveler.
  • Anticiper en faisant confiance à son intuition. Toujours se poser la question de ce qui vient ensuite et de comment le préparer au mieux.

Compte Rendu : Marie Boureau & Sarah Ouvray

Interview : Hélène Cochaux

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