La Ruche, le réseau en action des femmes francophones de Shanghai 

14 janvier 2014 - Rencontre avec Marion Bertagna, Attachée culturelle au consulat général de France

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La Chine. Un contact précoce et passionnel.

Marion Bertagna étudie le chinois en France, à l’école, dès l’âge de 13 ans. Elle aime la langue. En première, au lycée, elle a la chance d’effectuer un voyage de classe en Chine. C’est un choc. Marion découvre un autre monde. Tout diffère : odeurs, cuisines, rapports humains, ambiances de rue…

Elle revient de ce voyage plus séduite encore et se plonge avec passion dans la découverte de la culture chinoise… Littérature, cinéma, arts…

Diplôme d’une école de commerce à Paris, elle obtient ensuite une bourse franco-chinoise pour intégrer la fac, d’abord à Shanghai, ensuite à Pékin.

Une vie professionnelle entre le privé et le public.

Marion débute sa vie professionnelle en travaillant à Pékin pour une galerie spécialisée dans l’art contemporain chinois, la Courtyard Gallery. Elle s’y occupe de la promotion des artistes. Ensuite retour en France. Nous sommes en 2003. Dans le cadre de l’année de la Chine en France, Marion participe au centre Pompidou comme commissaire au montage de l’exposition « Alors la Chine ? ». De là, elle part travailler pour l’agence d’architecture de Jean-Marie Charpentier. Une agence qui a, notamment, créé le nouvel Opéra de Shanghai et la conception de Century avenue. Ensuite, elle rejoint l’équipe de Sotheby’s à New York, où elle travaille comme experte de l’art contemporain chinois.

Cela fait maintenant quatre ans que Marion a été nommée au poste d’Attachée culturelle au Consulat de Shanghai.

Attachée culturelle. Derrière le titre, quelle réalité ?

A Shanghai, il existe au sein du consulat plusieurs attachés.  Attaché universitaire. Attaché scientifique. Attaché à la coopération.

Marion, comme attachée culturelle, s’occupe d’un champ d’activités large qui couvre les secteurs de l’art visuels, de la musique, de l’audio-visuel, du livre et de l’édition, des jeux vidéos…. A Shanghai, cela représente une équipe de 5 personnes à temps plein, sans compter les stagiaires et l’armée de bénévoles.

L’équipe shanghaienne s’appuie sur le maillage d’un vaste réseau : leurs homologues à Pékin, bien entendu, mais également les 15 bureaux de l’Alliance Française présents en Chine.

Pour Marion, ce qui distingue réellement l’action culturelle française par rapport à d’autres pays, c’est l’importance historique donnée à la culture par la France.  Depuis des années, les attachés culturels français mènent à bien leurs actions en Chine grâce à un réel savoir-faire de l’ingénierie culturelle, une longue connaissance du terrain et l’appui d’un réseau de relais français bien ancré dans la société chinoise.

Un large champ d’actions guidé par une vision de la culture.

Pour comprendre les critères qui président les choix du consulat dans son action culturelle, Marion fait deux rappels préliminaires. D’abord, l’action consulaire n’a pas le monopole de ce qui se fait en Chine au niveau culturel. Beaucoup d’initiatives sont privées et se montent sans le soutien du consulat. Pensons, par exemple, à l’immense travail des galeristes français présents à Shanghai. Ensuite, une représentation de la France existe d’ores et déjà en Chine. La France Romantique du XIX? Les chinois en sont friands sans l’aide du consulat. Ce n’est pas vers là que l’action du consulat doit se porter.

L’action culturelle consulaire doit permettre de servir les entreprises françaises et faire (re)connaître les valeurs particulières qui sous-tendent la politique culturelle en France. De quelles valeurs parle-t-on avant tout ?

L’universalisme. La culture est pour tout le monde. La culture doit se partager. Elle omniprésente et doit être accessible à tous.

L’innovation. L’action publique doit pousser la création. L’attaché culturel français n’est pas là pour favoriser des choses reconnues ou qui font gagner de l’argent. Le rôle de l’attaché culturel d’être pro-actif sur les projets qui donne une image dynamique et innovante de la France.

La Fête de la Musique, un concept français illustrant parfaitement innovation et universalisme.

Jacq Lang, Ministre de la Culture, lance en1981 la Fête de la Musique en France. Depuis, c’est une institution : tous les 21 juin, c’est la fête ! De la musique partout, pour tout le monde et par tout le monde. Quelque soit le genre, l’âge des musiciens, l’instrument, le degré de professionnalisme…C’est gratuit. Cela doit permettre à tous ceux qui ne fréquentent pas les salles de concerts, d’avoir accès à toutes les musiques, d’avoir envie de partager, de jouer, de découvrir.

La fête de la Musique, c’est un concept français qui s’exporte. Aujourd’hui, l’événement est célébré dans de nombreux pays du monde. A Shanghai, l’exposition universelle de 2010 a servi de plateforme pour lancer l’événement en Chine.  La France choisit le 21 juin pour être le « pays du jour » au sein de l’expo. Le consulat a ainsi une date symbolique et le pavillon français pour lancer sa communication. Après cela,  tout est à construire. L’objectif long terme est que le concept soit compris, apprécié et ensuite récupéré par les instances chinoises pour continuer à vivre sa vie ici, sans le consulat.

Trois ans après, l’objectif est atteint. La Fête de la Musique est organisée chaque année depuis trois ans. En 2013, La fête de la Musique se donnait dans 45 lieux originaux où plus de 300 musiciens, essentiellement chinois et amateurs, ont joué pour le plus grand nombre. Et cela grâce à une armée de 200 bénévoles mobilisés pour l’occasion.

Pour Marion, le succès est triple : la fête de la Musique permet de fédérer les partenaires annuels sur un projet phare ; de créer des liens avec les autorités des affaires culturelles de la ville ; mais surtout, le concept, bien français dans ses valeurs, s’ancre dans la vie Shanghaienne.

L’argent : le nerf de la guerre. Encore et toujours.

Les attachés culturels français ont la chance de travailler avec des enveloppes budgétaires mieux dotées que dans la plupart des autres pays. La réalité économique fait cependant que ces enveloppes diminuent sans cesse et sont très limitées au regard des objectifs que ce fixe l’action culturelle française à l’étranger.

Le travail du consulat repose sur des bénévoles. Des personnes qui aiment l’esprit et l’ambiance du travail effectué par l’équipe dédiée aux questions culturelles. Des hommes et des femmes chinoises qui sont également passionnées par la culture française et qui offrent leurs temps et leurs compétences pour apporter leurs pierres à son rayonnement. Ainsi en est-il du festival « Shanghai 7ième Art », essentiellement porté par une enseignante de l’Université Normale de Shanghai.

Outre les bénévoles, les sponsors. Pour permettre le montage des festivals et autres manifestations culturelles, il est indispensable de lever des fonds auprès des entreprises françaises et chinoises. L’attachée culturelle s’évertuera à créer des partenariats longs termes avec les entreprises. De façon à pouvoir, autant que possible, assurer la pérennité des initiatives culturelles du consulat.

Faire pour perdurer, tel pourrait être la devise d’un attaché culturel

En aucun cas, le consulat n’est producteur d’événements. Ce n’est pas sa mission et, du reste, il n’en a pas les moyens. Toute l’activité du consulat se fait en partenariat. Pour assurer la pertinence des partenariats, il est indispensable de développer un rôle de veille. C’est stratégique. Savoir qui fait quoi sur la scène locale. Qui a du potentiel. En quoi Shanghai est fort. Avec qui créer des liens et des échanges sur la scène française.

Il faut ensuite se servir de cette veille pour que la programmation française puisse s’insérer dans les programmations locales.

Cela étant, aujourd’hui, Marion constate que les opérateurs des arts visuels à Shanghai sont de plus en plus professionnels. Ils ont leurs lignes propres. Ils sont prescripteurs et achètent des expositions à l’étranger selon leurs besoins. Des collaborations efficaces se mettent en place entre les grands musées de Shanghai et français.

Par contre, pour d’autres secteurs, tels les arts de la scène, ce rôle de veille et de création de liens informels est indispensable pour favoriser le développement d’une programmation française en Chine.

Une remarque et un dernier conseil.

A Shanghai, énormément de femmes chinoises dirigent des institutions culturelles de premier plan : The Power Station of Art ; Une des salles de l’Opéra de Shanghai ; le cercle des auteurs de Shanghai… C’est suffisamment rare pour être remarqué.

Marion est passionnée par son travail et la proximité qu’elle peut avoir avec le monde de la création. Travailler dans le culturel est fascinant. La proximité et les échanges permanents avec les milieux culturels chinois sont d’une richesse incroyable. Cette chance, Marion a envie de partager avec les autres. C’est son moteur. Mais elle a appris. C’est si difficile de monter un projet ici que l’enthousiasme EST le partenaire clé de toute entreprise. Un succès n’est garanti que si l’ensemble des partenaires impliqués ont VRAIMENT envie de voir aboutir et de réussir le projet. Il faut donc faire moins pour faire mieux et aller là uniquement où l’enthousiasme est réel. 

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